Cités du Quartier Industriel

 

   Cité El Maleh

  Cité Indigène

El Khyam

Makhzen Mobile

Cité Domaniale

Cité Mesguina

Cité ONA Barutel

 Boutchakat - BFM

Cité Carnaud

   Habitat Amélioré - Cité Elasco

Quartier scolaire

 

 
Pendant la guerre de 1939-40, l'industrie de salaisons commença à se développer à Agadir avec un petit quartier industriel constitué à Anza au nord-ouest d'Agadir.
Mais ce quartier, très étroit, offrait des inconvénients : il était limité entre la route et la mer, il ne pouvait être étendu, la pente étant trop forte et les embruns trop importants pour l'industrie de la conserve.
Pour ces raisons, la municipalité envisagea la mise en place d'une autre zone à l'est de la ville, zone bien dégagée, sur un plateau en pente douce permettant toutes les extensions ultérieures mais présentant cependant l'inconvénient d'être à 4,5 km du port.
Les avantages de cette situation l'emportèrent et l'emplacement du Quartier Industriel fut choisi à l'est de la ville. Le zoning tracé par Henri Prost dans les années 20 fut maintenu par Michel Écochard, directeur du Service de l'Urbanisme fin des années 40, promoteur de la Charte d'Athènes et du principe de l'Habitat social adapté au plus grand nombre.
Le service de l'Urbanisme reprit le plan du Quartier Industriel afin de simplifier les parcelles en les rendant orthogonales, pour faciliter le raccordement ferré en cas de création d'un chemin de fer à Agadir.

Les zones d'habitat ouvrier dispersées à l'intérieur du QI furent regroupées dans la partie sud de celui-ci, en liaison directe avec les industries et pouvant s'étendre au besoin.

À partir de 1949, les usines de conserve (usines de traitement de poisson et de légumes) construites à un rythme effréné (une cinquantaine en 1949-50) durent faire face à une pénurie de main d'œuvre. Les entreprises firent appel à du personnel féminin provenant de régions de plus en plus éloignées d'Agadir et les déplacements en camions pour aller chercher les ouvrières dans les douars ne permettaient pas de répondre rapidement aux besoins des usines.
En 1951, deux douars de 320 et 140 tentes furent constitués aux abords de la ville.
Certains entrepreneurs furent sensibles au problème du logement et participèrent à la mise en place d'habitations ainsi Carnaud et Forges de Basse-Indre. Fernand Barutel à la tête de la Chambre de Commerce et d'Industrie aurait "exigé" des conserveurs qu'ils financent des cités pour loger la main d'œuvre qu'ils réclamaient à corps et à cris. Des conserveurs constituèrent des petites médinas archi-minuscules dans l'enceinte des conserveries.

C'est dans ce contexte qu'intervint à Agadir, Michel Écochard directeur de l'Urbanisme, bien décidé à mener une politique de logement social de grande envergure.
Il s'agissait de favoriser l'habitat des catégories sociales peu favorisées pour éliminer les bidonvilles en voie de constitution et reloger les habitants des quartiers surpeuplés du Port, de Founti, de la Kasbah, de Yachech et des fermes environnantes.

À Agadir, la municipalité possédait plus du tiers des terrains du Quartier Industriel. Après avoir réalisé l'équipement par tranches sur son budget ordinaire, elle put revendre ces terrains à un prix qui fixa celui des autres terrains appartenant à des particuliers, en évitant ainsi la spéculation.

Les décideurs optèrent pour le principe de la séparation stricte de l'habitat et de l'industrie. Il s'agissait de protéger les populations des odeurs et fumées apportées par le vent, et d'établir des liaisons faciles et rapides entre le QI, les zones de résidence et les centres de trafic.

Les plans des QI furent entérinés par dahirs, pris à la diligence de la Direction de l'Intérieur (Service de l'Urbanisme).
 

 

 
A part la "Cité de l'Habitat amélioré" (petits immeubles collectifs en R-de-C + 1) une des premières construites, les cités ouvrières furent constituées sur le modèle unique d'un ensemble d'unités d'habitations horizontales (bloc ou îlot) individuelles en rez-de-chaussée.

La recherche d'économie mais également une volonté d'adapter le logement aux coutumes marocaines aboutirent à l'édification novatrice de maisons-cubes individuelles assemblées en blocs. Écochard resta fidèle aux recommandations de la Charte d'Athènes notamment en ce qui concernait l'espace habitable minimum en dessous duquel il se refusait de descendre, et l'environnement (la lumière arrivant par le patio, la verdure par la plantation d'arbres) nécessaires au bien-être des habitants.

Le Service de l'Habitat et de l'Urbanisme élabora des plans qui, compte-tenu des économies à réaliser sur les surfaces de voieries, leur entretien, la longueur des égouts, des canalisations et sur la construction établie d'après un modèle standard, furent basées sur un nombre d'habitants déterminés soit 9.000 habitants par quartier.

Les maisons furent tracées sur une trame 8x8, les murs avaient 8 mètres de long dans les deux sens, les ruelles 8 mètres de profondeur, les places 16 mètres de côté. Cette schématisation devait permettre une simplification des travaux et la réduction des coûts.
Chaque habitat comprenait 2 pièces ouvrant sur un patio d'environ 25 m2 et disposant d'une petite cuisine et d'un W.C. et d'un toit en terrasse.
Compte tenu du budget financier limité de l'administration coloniale et de l'insolvabilité fréquente de la population concernée, la cellule de 64 m2 constituait selon Écochard la plus petite habitation acceptable. L'habitation tenant compte des coutumes locales, était constituée de pièces sans fenêtre à l'extérieur, donc fermée au regard étranger et ouvrant sur le patio qui permettait de passer de l'ombre à la lumière.

Écochard appliquait le principe urbanistique de la Charte d'Athènes : les habitations ne débouchent pas obligatoirement sur une rue mais sur de courts passages conduisant à quelques grandes voies de circulation (recommandation 16 de la Charte d'Athènes : "la maison ne sera plus soudée à la rue par son trottoir"). L'environnement urbain se caractérisait par une circulation différenciée du piéton et de l'automobile : l'intérieur de chaque unité de voisinage était réservé à la circulation piétonne.

Pour Écochard, la trame 8x8 ne permettait pas la surélévation du rez-de-chaussée sauf sur les lots orientés au sud bénéficiant d'un ensoleillement total. Pour permettre la surélévation d'un étage, une trame de 85m2 et une cour de 36m2 au lieu de 20m2 auraient été nécessaires.
Le logement n'était donc pas conçu pour être évolutif ce qui aurait nécessité d'autres fondations et une surface au sol plus importante.

Enfin, Écochard n'envisageait aucune séparation des habitants sur le plan ethnique ou religieux.
(D'après La recherche urbaine au Maroc 2005, Casablanca, l'urbanisme de l'urgence 2002, Abderrahmane Rachik)
 

 

 
Avant le séisme, les différentes cités du Quartier Industriel étaient les suivantes :

  • Cité Indigène (Abattoirs)
  • Khyam : Douars des tentes au Nord du QI
  • Cité de l'Habitat amélioré- Elasco vers l'avenue Jules Cambon
  • Cité domaniale
  • Cité ONA-Barutel pour son personnel
  • Cité Carnaud pour ses ouvriers
  • Cité El Maleh
  • Cité du Groupement Foncier Marocain dite Boutchakat
  • Cité Mesguina
  • Cité du Maghzen mobile

Vu l'aspect uniforme des maisons, il semblait à première vue (vue du ciel) qu'il n'y avait au QI qu'une seule cité ouvrière, un douar de tentes, une cité du Makhzen mobile et une cité de l'Habitat amélioré-Elasco que l'on remarquait à ses immeubles (R-de-C +1).

La réalité était plus complexe : il y avait d'un côté Boutchakat (GFM) et de l'autre le quartier des Abattoirs L'battoir (avec des cités dont l'origine était différente : Cité des Abattoirs, Barutel, Carnaud, El Maleh, Domaines, Mesguina).

Dans ce quartier d'habitation qui n'avait pas 10 ans au moment du séisme, les Marocains et les Européens cohabitaient sans problème. Les Marocains étaient majoritaires à 60-70 % mais en dehors de la Cité dite Indigène de L'Battoir où il n'y avait que des Marocains, la répartition était aléatoire. Cette population cosmopolite fréquentait les mêmes commerçants épiciers, bouchers, boulangers, etc.
Il n'y avait pas d'établissement bancaire ni d'agence immobilière dans ce quartier populaire mais des bâtiments administratifs tels l'immeuble de la Sûreté Nationale et le Tribunal de Première Instance.
Avant le séisme, il n'y avait pas encore de mosquée à minaret pour les musulmans mais plusieurs zaouyas au QI. Nous n'avons pas trouvé de synagogue car les juifs étaient plus centrés sur Talbojrt. Les chrétiens catholiques disposaient d'une chapelle paroissiale Ste-Anne rue de Marrakech.

À la veille du séisme du 29 février 1960,
la population totale de la ville d'Agadir était estimée à 48.050 habitants :

  • Kasbah : 1.050
  • Founti-Aghezdiss-Anza : 3.050
  • Talborjt : 25.000
  • Yachech : 7.000
  • Ville Nouvelle : 8.450
  • Quartier Industriel : 3.500

 Après le séisme, certaines cités, qui avaient subi des dégâts plus ou moins importants, furent rasées (Habitat amélioré-Elasco, Cité Mesguina, Cité Indigène, Blocs 7 et 6 bis de la Cité domaniale).
Les blocs et les cités furent rapidement reconstruits et quasiment toutes les maisons furent surélevées.