Au début des années 40, les enfants jouaient au Timjira. Les deux équipes étaient munies de bâtons plus ou moins homologués pour se disputer un morceau de bois qui ne dépassait pas 20 cm et qu'il fallait loger au but. Ce dernier était constitué de 2 pierres distantes d'environ un pas. Ce sport ressemblait au cricket pakistanais actuel.
Dès que nous pûmes récupérer des balles de tennis près du Casino, on abandonna le Timjira.
On se mettait à l'affût d'une balle envoyée dans les décors par les joueurs de tennis et ce, pendant des heures et des heures. On priait même pour qu'un ou une "boujadis" (joueur inexpérimenté) en tapant fort, envoya cette petite balle blanche dans les buissons. On se relayait alors en courant pour disparaître dans l'oued Tildi ombragé par des roseaux et toutes sortes de verdures et surtout de ce que nous appelions tamayte (grande plante ressemblant au henné qui nous alimentait en Y (fourche) des tire-boulettes : le tamaris).
 
 

 
En 1951, on se cotisa pour acheter une balle en caoutchouc de 20 cm de diamètre aux Établissements Doucet en Ville nouvelle. Elle coûtait 200 francs. M. Doucet nous demanda de déléguer deux d'entre nous parmi les onze que nous étions, pour choisir la balle. À travers la vitrine, on montrait aux autres la couleur à prendre. Il nous manquait quelques francs. Cet homme généreux nous fit payer seulement la moitié du prix de la balle, nous recommandant en souriant de bien jouer et d'être la future équipe représentant la ville d'Agadir.
Notre ambition était sans limite.

 La photo ci-contre montre la détermination des joueurs ici à Ihchach dans un petit terrain caillouteux près des cimetières chrétien et musulman, terrain qu'ils avaient eux-mêmes aménagé et qu'ils entretenaient pour éviter des blessures, vu qu'ils jouaient pieds nus.
 
 

 
 
 
 

 
En 1952, on les retrouve au moussem de Sidi Bibi, venus à pieds, faute de moyens. La distance dépassait les 25 kms. Rien ne les arrêtait du moment qu'ils se croyaient à l'entrainement. Ils furent de retour vers 3 heures du matin.

 
 

 
Ils voulaient être à la hauteur de ces jeunes footballeurs d'Inezgane de 1946.

 
 
 
 

L'idée fit son chemin, on les retrouve au stade Aït Souss au Quartier Industriel, qui deviendra plus tard après le séisme, Inbiâat (La Renaissance). À l'arrière-plan, on distingue les immeubles modernes de l'ancienne "Ville Nouvelle" qui était toute récente en 1954.

 

 

 
 
Leur préoccupation était d'acquérir une tenue, voire deux, et un ballon.
 
 

 
 

Cette photo montre une équipe mise sur pieds par Lahoucine Chenoune Bilao pour seconder et trouver des éléments capables de jouer dans l'équipe Najah aux maillots blanc et noir conduite par Cherhbili.
L'équipe se développa et quelques mécènes participèrent aux frais de déplacements comme ici à Marrakech. Une visite à la ville historique El Bahja ne devait pas se rater et il fallait gagner sa place : "voir Jamâa El Fna et mourir". Des charmeurs de serpents, des acrobates du sud, des conteurs, du folklore … On revenait heureux d'avoir déambulé dans la ville rouge aux milliers de palmiers.
 

 

 
 
 
 

 

Ces jeunes enthousiastes étaient même allés à Sidi Ifni, ville occupée par les Espagnols, pour rencontrer les équipes locales espagnoles. Le car s'arrêtait de temps en temps et on en profitait pour faire la photo. Les vitres manquantes ne faisaient pas de mal. Le climat était chaud.

Une véritable équipe vit le jour et on l'appela Najah-Souss (najah : réussite).

La tunique manquait et on se débrouillait comme on pouvait avec des tee-shirts et des shorts. Les chaussures étaient rarissimes. Ce qui était sûr, c'est que les pieds étaient très solides et arrivaient à faire du mal à ce pauvre ballon, pas très rond. Souvent la couture de ce ballon lâchait avant l'échéance. On comptait sur le cordonnier Mosché d'Iggui Lbod pour la recoudre. Le terrain était en terre battue et plein de nids de poule.
Ils voulaient avoir ce public et ce car avec sa galerie pleine de supporters telle l'équipe d'Inezgane
 

 
 
 

 

Coucou ! semblaient dire ces joueurs sur le terrain Aït Souss en 1956. Le petit Lahcen dit "Petit canard", qui était handicapé moteur, ne loupait aucun match et ce jusqu'à sa mort. Il était là sur la photo, tout à fait à droite.

 

 
 

 
 

En 1957, l'équipe Najah sera au Stade municipal en Ville nouvelle, en dessous du fameux hôtel Saada qui sombra le 29 février 1960.

L'équipe d'Ihchach sera momentanément le Racing Club.
 

 

Ah le bout du tunnel ! Enfin une tunique ou une tenue homogène, des chaussures et des chaussettes dignes d'une équipe de foot ! Ici, feu Hassan le gardien téméraire qui sera plus tard celui du Hassania et encadrait ces jeunes en 1956.
En 1957, les meilleurs joueurs professionnels du Maroc, visitèrent Ihchach et Didi Abdallah d'Espagne choisit d'y rester pour mettre sur pieds une équipe.
 

 

Cherhbili créa officiellement Najah Ihchach et intégra la Ligue du Sud en 1957.
Le temps a passé ; ils sont devenus des adultes musclés, entrainés ; suffisamment forts pour se confronter aux équipes régionales.
 

 

Beaucoup de chemin a été parcouru et beaucoup d'embûches résolues le long du chemin, mais finalement une équipe représentative au Stade municipal est née.
 

 

Toute une épopée, toute une histoire du football avant le tremblement de terre du 29 février 1960. Ils n'avaient jamais pensé "argent", ni pensé devenir des Ben Barek, des Pelé, des Maradona, etc…
Ils voulaient juste devenir les meilleurs, pour donner le meilleur aux habitants d'Ihchach. Une équipe qui fut toujours applaudie durant 90 minutes. Une équipe qui faisait le spectacle et qu'on avait plaisir à voir.
Merci à tous ces jeunes. Un hommage à ceux qui sont encore en vie. Une pensée divine et une prière pour les disparus.
 

 
 

 

 Voici un exemplaire de licence Najah :

celle de Mohamed Takadi qui habitait rue 8 à Ihchach :

 

 Licence Najah de Lahoucine Bilaou

qui habitait rue X à Ihchach :

 
 
 
 

 
Voici le fameux Zandar :

 

 
 
 

 
Le public à Agadir venait nombreux et enthousiaste :

 
 
 
 
 

 
Voici l'équipe Najah d'Ihchach dans les années 70-80 :